Epreuve d’un vie – Le Blog

J’ai survécu au naufrage d’un bateau

Vous avez peut-être déjà lu l’histoire de Robinson Crusoé de Daniel Defoe, le rescapé d’un naufrage d’un bateau ? Cet homme jeté sur une île déserte parvient à survivre et à se suffire à lui-même. Il est bientôt aidé par Vendredi, un homme qu’il a arraché aux mains de sauvages. Mon histoire n’est pas tout à fait identique au vécu de Robinson bien que je suis aussi survivant d’un naufrage. Je réside au nord-ouest de l’île malgache à Majunga. A cause de mon travail, je dois toujours prendre le bateau pour suivre la construction de routes dans la région de Maintirano. Le trajet prend deux jours en mer de l’endroit où j’habite. L’expérience est nouvelle pour moi bien que je puisse prendre l’avion, je préfère opter pour le voyage en bateau.

Un bateau en surcharge

Le bateau de commerce dont je ne me souviens plus le nom, est déjà en surcharge quand j’y suis entré. C’était le mois de décembre 2010. J’ai du mal à trouver une place pour mettre mes pieds et reposer ma tête dans ce bateau transportant plus de 200 personnes. Tout autour de moi, il y a des indigènes, des marchands ambulants, des fonctionnaires, des cultivateurs, toutes sortes de personnes qui bavardent tout en mangeant leurs faibles rations. Le bateau transporte également des letchis dans la soute ainsi que d’autres provisions pour la ville de Maintirano, là où je dois me rendre. J’étais inquiet à cause du nombre de passagers, et le capitaine a dit que depuis qu’il a exercé cette fonction, il n’y a jamais eu d’accident. Et puis, le temps s’annonce beau et aucun orage n’est prévu. Nous prenons ainsi le large en laissant derrière nous la ville de Mahajanga. Je me suis endormi, bercé par les flots et la fraîcheur de l’atmosphère nocturne quelques des heures quand d’un coup, le moteur du bateau a cessé de tourner. L’embarcation a penché sur le côté et il me semble qu’elle chavire. Ou plutôt elle a l’air de sombrer. Ce sont les cris des gens qui m’ont réveillé de ma torpeur et je cours rapidement pour demander au capitaine ce qui ne va pas. Ce dernier a perdu son assurance, a déclaré qu’il n’y a un problème mécanique. Et qu’il n’y a que quelques canots de sauvetages dans le bateau. Nous sommes alors à quelques dizaines de km de la côte la plus proche.

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Face à la mort

J’ai décidé de sauter par-dessus bord pour sauver ma vie. J’ai pu m’accrocher à une planche pendant des heures, avec plusieurs hommes et femmes tout aussi chanceux que moi. C’était terrible, les cris de tous ces gens qui appellent au secours, la mort qui nous guettait avec nos membres engourdis dans l’eau de la mer. Le capitaine a lancé le SOS avant le chavirage, mais le secours n’arrive qu’une dizaine d’heures plus tard. Les plus courageux ont essayé de faire à la nage les dizaines de km, mais moi sachant qu’une équipe de secours va bientôt arriver, je ne me sens pas avoir assez de force pour en arriver jusque-là. Le bilan a fait état d’une soixantaine de disparus. Cet évènement a marqué mon passage dans cette région de Madagascar, et depuis, j’évite le voyage en bateau dans ce pays.